LOGBOOK / 004 — Le Clique Dimanche, ça ressemblait à du kickball. Musique, nourriture, rires, la légèreté d’un après-midi d’été. Mais sous la surface, quelque chose de rare, de plus profond. Et c’est important de dire où. Parc Normandville, quartier Jarry. Pas le plus décoré. Pas celui qu’on cite ou acclame. Mais un quartier vivant, tissé par des dizaines de cultures, de langues, d’origines. Un quartier où l’on a grandi ensemble, partagé les mêmes classes, les mêmes terrains, les mêmes fêtes; haïtiennes, latines, maghrébines. Ici, ça a toujours été ça: effacer, l’espace d’un instant, les barrières que la société voudrait tracer entre nous. Ici, tu appartiens à plus grand que toi. On reproche souvent à cette génération son manque d’engagement. Et pourtant, ils étaient là; des dizaines de jeunes, certains amis d’enfance, d’autres nouveaux visages, réunis non seulement pour jouer, mais pour donner. Pour lever des fonds pour La Maison de la Sérénité à Laval, un centre de soins palliatifs où la compassion est le travail quotidien. On pourrait s’arrêter aux matchs, à la nourriture, à l’énergie. Mais si on enlève tout ça, il reste une vérité trop souvent oubliée: la résilience, la tendresse, la dévotion. La dévotion qui dit « nous serons debout pour ceux qui ne le peuvent plus» La tendresse qui transforme la compétition en solidarité. La résilience qui choisit d’honorer la vie en la célébrant ensemble. Voilà à quoi ressemble la nouvelle génération quand elle agit à sa manière. Pas comme on s’attend à la voir, mais comme elle choisit de le faire. Et c’est peut-être ça, le plus puissant: la preuve que l’engagement existe encore, mais dans une langue qui lui appartient. Et à toi, Olivier; j’espère ne pas être le premier à te dire non seulement félicitations, mais merci. Merci d’avoir bâti un projet avec ces valeurs-là. Tu as perdu ta mère au cancer. Et celui qui n’a pas connu cette perte ne peut mesurer la force qu’il faut pour s’en relever. Mais tu en as fait une force, un don. Tu as transformé ta douleur en quelque chose de beau, de grand, de rassembleur. Tu rappelles qu’il est possible de faire naître la lumière même des blessures les plus profondes. Page 004.