LOGBOOK / 002 — Julien Il n’était pas “prévu”. Il venait juste s’entraîner. Pompier. Marathonien. J’ai senti que je devais braquer ma caméra sur lui, non pour le mettre en lumière, mais pour que cet instant ne nous échappe pas. Une réalité qu’on ne regarde pas nous atteint rarement; non dite, elle s’efface. Nous vivons vite. À force de défiler, les mots perdent leur poids. « Pompier », « premier répondant », « soins intensifs » deviennent des titres sans tranchant. Notre époque célèbre la mobilité et oublie la fidélité au geste. Nous pouvons changer de voie en une semaine et, sans le vouloir, on perd du respect; non pour la fonction, mais pour l’engagement. Pour la constance. Pour la promesse tenue quand personne ne regarde. Julien appartient à cette confrérie discrète qui veille pour que d’autres dorment. La course lui a appris à tenir dans la longueur; le service, lui, à rester utile à l’intérieur de cette longueur. La rigueur qu’il s’impose devient un standard que nous exigeons tous, sans le voir. Il s’entraîne pour lui, oui; mais le résultat retombe sur nous. Dans une ville si peuplées, il court vers ce que nous fuyons. Il n’est pas le seul, mais il est l’un d’eux, et c’est assez pour qu’on s’arrête. On dit qu’à trop penser aux autres on se perd; on se perd tout autant à ne penser qu’à soi. C’est ce que Julien m’a rappelé ce jour-là. Ses raisons lui appartiennent; mais je crois qu’au bout de chaque pas se tient la même source : être plus apte demain qu’aujourd’hui, pour l’autre. Être prêt. Sauver si nécessaire. La photographie, ici, n’orne pas : elle atteste, elle informe, elle rend honneur. Ces images ne cherchent pas l’héroïsme, elles montrent la discipline qui le rend possible. Elles portent la confiance qui se construit par ces petits choix répétés. Alors prenons une minute. Regardez votre ami, votre proche qui vit un métier de dévouement. Posez-leur des questions sur leur réalité. Pour vous, cela peut sembler insignifiant, mais pour eux, l’impact peut être immense. Nous nous devons d’être meilleurs qu’hier, et cela commence par les voir, y penser et respecter cette réalité qui, pour eux, décide si une vie sera sauvée. Page 002.